Skip to main content

« Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ? » (Mt 20, 15b)

« L’œil mauvais » dont parle Jésus ici renvoie à cet esprit de comparaison qui habite les ouvriers de la première heure qui disent au maître : « Ces derniers venus n’ont fait qu’une heure, et tu les traites comme nous » (Mt 20, 12).

C’est la même attitude que manifeste le fils aîné dans la parabole de l’enfant prodigue qui dit à son père de n’avoir jamais été récompensé pour ses bons et loyaux services tandis que le retour de son frère cadet fautif est célébré (Lc 15, 29-30). On voit dans l’attitude du fils aîné non seulement un manque de liberté, mais aussi et surtout, la souffrance dans laquelle l’a plongé la rivalité entre lui et son frère cadet avec lequel il se compare.

Le fait de nous comparer aux autres nous prive de la liberté intérieure, nous empêche de voir et vivre la réalité de l’amour. Ce qui nous expose aux frustrations, à la rivalité, la compétition et la jalousie. Il s’agit de changer notre « regard mauvais » pour adopter « le regard bon » du Maître, du Seigneur Jésus. Un regard rempli d’amour et de miséricorde. Ce qui importe, c’est justement cette miséricorde que le Seigneur accorde à tous et à tout moment. S’il est légitime de se réjouir d’être appelé en premier par le Seigneur, il est regrettable d’en faire un droit absolu et un mérite. Ce que les ouvriers contestataires de la première heure semblent oublier, c’est qu’ils ont été tous pris en chemin et embauchés par le maître. Personne plus que l’autre n’a mérité d’être embauché. Avant le salaire, il y a le recrutement ou l’appel et surtout, la réponse : « Allez, vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste. Ils y allèrent » (Mt 20, 4-5a). Ce qui importe, c’est la réponse généreusement donnée et non la qualité de la récompense reçue.

Oui, Dieu nous invite à faire partie de ses ouvriers dans sa vigne, saurons-nous lui dire oui et ainsi intégrer le grand nombre des élus, tous bénéficiaires de la miséricorde divine ?

Célestin ONGONO, m.s.a.